10 – Et si… Par Gusgus (Chapitre 0 : Coin flip)

Publié: 30 septembre 2012 dans Et si... les Histoires
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Comme d’habitude, le concept des histoires proposés

Depuis quelques mois, je vous propose de lire des histoires sorties tout droit de ma cervelle. Néanmoins, il y a quelques jours, ou plutôt « nuits », en pleine discutions sur la F1 avec Stefcore et Gusgus, ce dernier, au détour d’une phrase nous dit : « mais Helder, Et si…« . S’en suivit une grande conversation, et le challenge fut pris par Gus d’écrire à son tour une Uchronie de la Formule 1. Je suis très fier de vous faire découvrir ce jeune talent (si, il est jeune le garçon… hehehe).

***

Bonjour à tous ! C’est Gusgus, 23 ans au dernier décompte, encore étudiant. Fan de F1 depuis des lustres, amateur de technique, et accessoirement passionné par l’informatique, je suis devenu dans le courant de l’année chroniqueur pour le Service Après-Vente de la F1 puis rédacteur pour Fan-F1.com. Et désormais, je m’incruste sur le blog d’Helder suite à un défi qu’il m’a lancé et qui constitue la genèse de la petite histoire qui commence ci-dessous. Bonne lecture !

Chapitre 0 : Coin flip

Pour Robert Kubica, ce dimanche était un jour de course comme un autre. Le fait que, comme peu de fois dans sa carrière encore courte, il plaça sa BMW Sauber sur le deuxième emplacement de la grille, ne changea en rien ses habitudes. En revanche, moins fréquentes furent les fois où, comme aujourd’hui, il avait dû se résoudre à compléter quatre tours de reconnaissance du circuit avant de se juger assez bien renseigné pour rejoindre définitivement la grille.

Le vieil asphalte montréalais, usé par les redoutables machines que sont les Formule 1, avait commencé à s’effriter dès les qualifications de la veille. Il était donc devenu crucial d’inspecter minutieusement les réparations de fortune qui avaient eu lieu dans la matinée, dans les virages 2, 7 et 10. Savoir où poser de manière sûre ses pneus Bridgestone lors des 70 tours de la course s’avérerait déterminant.

Pas sûr que ça tienne toute la course, avait dit Kubica à Antonio Cuquerella, son ingénieur de course, en descendant de sa monoplace. Tiens-moi au courant si tu vois que ça part en sucette. Et prépare les cartes, on risque d’avoir le temps de faire un poker s’ils devaient sortir le drapeau rouge, lança-t-il en esquissant un sourire.

C’est ça, lui répondit Cuquerella, peu prompt à plaisanter. Donc… Rappelle-toi, comme prévu, tu as de l’essence jusqu’au tour 25, c’est sûrement bien moins qu’Hamilton juste devant et un peu en-dessous de Räikkönen derrière toi. Tu pars en pneus prime, donc essaye de rester au contact d’Hamilton pour pouvoir rivaliser dans ton deuxième relais. Gros risques de Safety Car ici, tu connais la procédure.

À 12h52, heure locale, le pilote polonais était prêt au combat : la combinaison fermée, la cagoule enfilée, le casque chaussé, le système HANS installé, le corps calé, le harnais à six points attaché, le volant fixé, la radio testée. Kubica n’eut plus qu’à fermer les yeux et se retirer au plus profond de sa concentration, oublier toute l’agitation qui entoure un Grand Prix de Formule 1 aussi populaire que celui du Canada.

Treize heures sonnèrent et les fauves furent lâchés, bien que modérément. Kubica tâcha de bien faire monter ses pneus et ses freins à température. Le Polonais se montra doux avec le pied gauche, sachant pertinemment que le circuit Gilles-Villeneuve nécessitait sur la longueur d’une course de prendre d’extrêmes précautions avec le système de freinage, durement mis à l’épreuve en terres canadiennes.

Après s’être immobilisé sur son emplacement, le départ se déroula sans histoire. Resté tranquillement deuxième, il était temps pour le natif de Cracovie de mettre en action le plan prévu avec son ingénieur. Mais dix tours passèrent rapidement, après lesquels Lewis Hamilton disposait de 5 secondes pleines d’avance sur Robert Kubica, et 8,6 secondes sur Kimi Räikkönen. Nico Rosberg, Fernando Alonso et Felipe Massa, étaient déjà loin, entre 12 et 15 secondes derrière le pilote Anglais.

Dans le 14ème tour, Adrian Sutil fut le premier à rencontrer des problèmes : sans préambule, il rompit sa boîte de vitesses comme on brise un verre sur une nuque. Le pilote allemand fut contraint de garer sa voiture à l’entrée du virage 3. Les commissaires présents dans les postes les plus proches déployèrent alors des drapeaux jaunes.

Attention Robert, drapeau jaune entre les virages 2 et 3, une voiture arrêtée à droite, souffla Cuquerella dans la radio pendant le 15ème tour. Une voiture arrêtée à droite.

– Des chances de Safety Car ?

Probable. On analyse ça et on te fait un retour.

Mais le retour n’arriva pas assez vite. Deux tours plus tard, la voiture de Sutil était toujours au même endroit, blanchie par la mousse expulsée par les extincteurs des vaillants commissaires, qui avaient dû s’employer alors que les voitures continuaient leur course. Faute de sifflet percé dans le muret à proximité, il s’avéra impossible d’évacuer le véhicule resté inanimé sans que les monoplaces restantes ne prennent un peu de répit. La direction de course dut donc se résoudre à déployer la voiture de sécurité.

Comme les règles l’exigeaient alors, la ligne des stands fut officiellement déclarée fermée dès que l’ordre de rentrer en piste fut donné à la Mercedes SL 63 préparée par AMG, pilotée comme de coutume par Bernd Mayländer. Tout passage aux puits effectué dans cette période, qui était levée une fois que les voitures se trouvaient complètement rassemblées derrière le Safety car, était alors passible d’une pénalité, généralement un drive through.

D’ailleurs, Jenson Button fut victime de cette règle, jugée hors de propos par une majorité d’observateurs – il n’y avait par exemple pas d’exception pour un pilote obligé de s’engouffrer dans la voie des stands pour éviter une panne sèche : son entrée à la fin du 18ème tour lui fut donc reprochée par les commissaires. Elle était de plus tout à fait inattendue : le playboy anglais était en effet parti de la voie des stands – suite à un problème de boîte de vitesses en qualifications – , ce qui généralement s’accompagnait d’un réservoir rempli quasiment à ras-bord pour espérer remonter dans la hiérarchie.

Ce fut donc à la fin du 19ème tour que les autres monoplaces qui le souhaitaient furent autorisées à rentrer impunément dans les stands. Robert Kubica, très concentré, arrêta sa monoplace dans les marques peintes devant l’avant-dernier garage. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire ou l’écrire, les 4 pneumatiques prime furent remplacés par un train neuf de la même composition, et le réservoir de la voiture fut rempli.

Relâché rapidement par le porteur de la sucette, le Polonais n’eut pas le temps d’en croire ses yeux : droit devant lui se dressaient au loin les tribunes bondées du circuit Gilles-Villeneuve, dont la vision n’était pas obstruée par la présence d’une voiture, il était donc en tête ; mais à sa gauche, la Ferrari de Kimi Räikkönen surgissait, sur la même ligne que sa BMW Sauber, la lutte pour la place de leader s’annonçait donc extrêmement serrée ; et à sa droite, il entrevoyait du coin de l’œil une lumière rouge. Les réflexes du pilote de course prenant le dessus, Kubica pesa de tout son poids sur la pédale de gauche.

La monoplace blanche et bleue s’arrêta quasi-immédiatement à côté de la rouge. Mais elle ne resta pas longtemps immobile, violemment percutée par la McLaren numéro 22 qui venait de s’arrêter longuement à son stand. Surpris lui aussi, Nico Rosberg causa le sur-accident, en arrachant la suspension avant droite de sa Williams sur la MP4-23 déjà blessée. Ce fut l’abandon pour le trio Hamilton-Rosberg-Kubica, célèbre dès leur passage remarqué en karting.

Pour l’amateur de poker qu’était Robert Kubica, ce fut un « coin flip » : une chance sur deux de sortir indemne de l’accrochage, une chance sur deux d’être la cible malencontreuse de Lewis Hamilton, une chance sur deux de repartir du Canada avec de très gros points en poche. Le Polonais fulminait intérieurement, et, bien qu’il tentât de modérer ses réactions extérieures, il ne put s’empêcher de pointer ses deux index sur ses propres yeux au moment de croiser un Lewis Hamilton bien désolé de son erreur. Pour les rescapés, un nouveau Grand Prix commençait.

Sans qu’il ne pusse se l’expliquer, Kubica, regardant la F2008 intacte reprendre sa course, se trouva alors convaincu qu’il était passé à un mauvais réflexe près de l’exploit.

A suivre…

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